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Dans Un animal doué de raison, Robert Merle met notamment en scène un couple de dauphins, Fa et Bi, qui apprennent la langue des humains et sont mis au service de finalités militaires. Ce roman d’anticipation datant de 1967 a marqué les esprits parce qu’il construisait, parfois de façon un peu schématique, une opposition entre des animaux intelligents et des hommes animés par leurs pulsions, dans un contexte de crainte d’une troisième guerre mondiale particulièrement aigu en situation de guerre froide. Plus fondamentalement, la question qui se trouvait posée était celle de l’humanité de l’homme et de son droit à exploiter la nature au nom de cette prétendue supériorité humaine.
Se pose la question de savoir si « le sujet est nécessairement humain » peut sembler à ce titre pertinent, dans la mesure où le sujet se définit habituellement en philosophie comme celui qui est doué d’une conscience de soi et qui est capable de d’agir sous la direction de cette conscience en ne se trouvant pas simplement déterminé par les évènement extérieurs. Si le sujet semble une théorisation moderne associée à la philosophie cartésienne et que cette théorisation est construite pour désigner le privilège de l’homme à la différence des animaux (considérés comme des « machines » par Descartes), il semble impossible d’attribuer la subjectivité à un autre être que l’homme. Pourtant, depuis Descartes l’évolution de l’éthologie a permis de montrer que la frontière entre l’homme et l’animal paraît moins étanche que revendiquée par les théoriciens du sujet, à tel point que l’animal pourrait peut-être sembler doté d’une forme de conscience de soi et d’autonomie lui permettant de rivaliser avec l’humain. Si tel était le cas, il faudrait alors reconnaitre que l’humanité, les valeurs de l’humain, ne sont peut-être pas les seules manières de définir des normes de comportement et, peut-être, des valeurs et des justifications de ce qu’il faut faire. Une telle question pourrait du reste d’autant plus interpeler qu’elle se pose à un moment du développement humain où l’homme se trouve confronté aux limites écologiques de son agir, et en particulier responsable de la destruction d’une nature et d’un environnement qu’il s’était pourtant cru capable de penser moralement et de juger selon sa raison.
Nous nous efforcerons en ce sens tout d’abord de montrer que le sujet semble ne pouvoir être par définition qu’humain parce qu’il se construit comme une théorisation des particularités de la raison humaine et de sa capacité à justifier la supériorité de l’homme face au réel. Nous en viendrons toutefois ensuite à saisir que cette théorisation repose sur un certain nombre d’incertitudes ou de limites faisant qu’il semble largement hypothétique de vérifier un tel privilège de subjectivité. Ces doutes raisonnables quant au privilège de la subjectivité humaine nous conduiront ainsi enfin à poser la question de savoir s’il ne serait pas possible de définir une autre forme de subjectivité non humaine, qui pourrait prendre en compte ce qui n’est pas humain mais possède pourtant une dignité propre.