Blaise Pascal, pensées, section 2,172

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L'analyse du professeur


L’importance prise par la démarche philosophique de Descartes depuis le XVIIe siècle n’est plus à prouver. Symbole de l’humanisme conquérant, la méthode préconisée par le philosophe est ainsi devenue une méthode incarnant le développement scientifique et technique de l’humanisme des modernes, tout autant que la confiance que le sujet peut ainsi avoir en lui-même, et en la puissance de sa rationalité. Pourtant, dès le XVIIe siècle, cette confiance est battue en brèche par un certain nombre de critiques, dont celle de Pascal, qui aujourd’hui encore est cité en référence de cet esprit de méfiance développé à l’encontre de l’assurance rationaliste cartésienne, et de sa prétention à assurer l’homme de son emprise sur le cours des choses naturelles. Ici, Pascal aborde la structure même de l’analyse rationnelle : la capacité à déterminer le cours chronologique des choses, et à penser ainsi une logique de la consécution des évènements. Il cherche ainsi à montrer que l’homme, malgré son apparente maîtrise du cours du temps, ne parvient jamais à en comprendre la logique, et se fonde ainsi moralement sur des éléments qui restent largement hors de sa portée. L’homme semble dès lors incapable de prétendre à ce que à quoi il aspire, et la leçon morale de Pascal conduit à redéfinir les priorités de l’action humaine en fonction du souci du présent.

[...]

Plan proposé

Partie 1

a

« Nous ne nous tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l'avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours ; ou nous rappelons le passé pour l’arrêter comme trop prompt » Le discours de P est ici de l’ordre du constat : le cours du temps n’est pas un écoulement homogène, mais dépend d’un jugement humain, qui a ainsi tendance à vouloir repousser les bornes du présent, en anticipant l’avenir et en retenant le passé.

b

« si imprudents, que nous errons dans le temps qui ne sont pas nôtres, et ne pensons point au seul qui nous appartient » La conséquence de ce constat est paradoxalement que l’homme ne vit jamais au présent, puisque sa volonté de le prolonger en amont et en aval l’oblige à se situer et se penser toujours en dehors du temps qui est le sien. Le rapport d’appartenance au présent se trouve donc profondément bouleversé par une attitude imprudente, c’est-à-dire par un défaut moral de sagesse.

c

« et si vains que nous songeons à ceux qui ne sont rien, et échappons sans réflexion le seul qui subsiste. » Cette attitude révèle d’ailleurs plus qu’un défaut moral, puisqu’elle conduit également à remarquer la vanité de l’homme, qui pense pouvoir se diriger sans réflexion approfondie sur les choses. L’homme semble donc fondamentalement démuni et irréfléchi.

Partie 2

a

« C'est que le présent d'ordinaire nous blesse. Nous le cachons à notre vue parce qu'il nous afflige ; et s'il nous est agréable, nous regrettons de le voir échapper ». Pascal construit ici une explication du constat qu’il a fait dans la partie précédente : il explique que l’homme fuit le présent parce que ce présent ne correspond pas nécessairement à ses attentes, ne le comble pas. L’affliction que nous ressentons n’est que le résultat d’une frustration, selon laquelle nous sommes déçus des attentes que nous pouvions avoir.

b

« Nous tachons de le soutenir par l'avenir, et pensons à disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance, pour un temps ou nous n'avons aucune assurance d'arriver. » Plutôt que d’affronter la déception du présent, nous avons alors tendance à nous mentir, en usant des ressources de l’imagination plutôt que de la raison, c’est-à-dire que nous cherchons à nous rassurer dans un avenir que pourtant nous ne maîtrisons pas.

Partie 3

a

« Que chacun examine ses pensées, il les trouvera toutes occupées au passé et à l'avenir. Nous ne pensons presque point au présent » La situation paradoxale de l’homme, qui se trouve ici décrite, est rappelée d’un point de vue subjectif : P fait appel à la conscience et à l’honnêteté de chacun, et montre ainsi que l’homme doit assumer ses responsabilités. Il préconise donc une réaction morale individuelle.

b

« et, si nous y pensons,ce n'est que pour en prendre la lumière pour disposer de l'avenir. Le présent n'est jamais notre fin : le passé et le présent sont nos moyens ; le seul avenir est notre fin » Le rapport que l’homme a au tems est donc un rapport finalisé par l’espoir d’un avenir plus radieux que notre présent frustrant, et que notre passé déjà hors de portée. À cet égard, la fin de la pensée du temps reste cloîtrée sur l’avenir, et le problème de l’homme semble être un problème de fins. 

c

« Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre; et, nous disposant toujours à être heureux , il est inévitable que nous le soyons jamais » Cette faute morale de la finalité d’existence de l’homme devient ainsi la cause d’une vie ratée, c’est-à-dire d’une vie non vécue. L’homme qui se retrouve ainsi à projeter son existence dans l’avenir ne peut être heureux, puisque le bonheur est la jouissance de l’instant présent.